Dissidente est une revue antiraciste et féministe qui naît dans un climat socio-politique marqué par la montée de l’extrême-droite en France, dans le nord global et dans le monde. À l’heure où les discours, les lois et les actes racistes et sexistes sont en plein essor dans le monde, que les partis politiques d’extrême-droite se hissent, soit aux portes, soit à la tête des États qui s’érigeaient comme des modèles de la démocratie, les idées et les actions pour la justice sociale et la défense des minorités sont diabolisées, voire criminalisées. La violence et l’exploitation s’imposent progressivement comme une norme en France et dans le monde. Un monde où les antiracistes seraient les fascistes et les féministes, les sexistes. Un monde où penser la race et le genre serait créer du racisme et du sexisme. Un monde où échanger, s’unir et s’organiser serait faire preuve de communautarisme et de radicalisme.
Non ! Il faut dire non. Il faut refuser ce chantage idéologique et se battre pour que l’expression de nos idées et leurs mises en action ne soient pas considérées comme des attaques visant à perturber l’ordre public. Nous avons été suffisamment traitées d’utopistes, de bien-pensant·e·s, de moralistes et de « wokistes » parce que nous avions osé prôner le respect de soi et des autres, la justice, la solidarité et la liberté, pour qu’aujourd’hui, nous soyons considérées comme des dangers pour la société. Nous ne devons plus avoir honte de nos opinions, de nos luttes et de nos existences. Comme on dit entre camarades féministes, la honte doit changer de camp ! Dissidente a la volonté de contribuer à imposer dans l’opinion publique les questions autour de l’antiracisme et du féminisme, qui sont plus que jamais d’actualité. C’est une revue qui veut servir d’accès à l’information pour celles et ceux qui veulent en savoir plus sur l’histoire de l’antiracisme et du féminisme mais aussi ses enjeux actuels et les solutions proposées. Dissidente est aussi pensée comme un espace d’échange pour et entre les antiracistes et les féministes où la constructivité des critiques se renforce loin de la polémique. Cette revue se veut donc la plateforme d’expression des voix de celles et ceux qui font l’antiracisme et le féminisme en France : un antiracisme qui s’inscrit dans la lignée des théories et des luttes anticoloniales et décoloniales et qui s’engage à ne jamais trahir le féminisme ; un féminisme qui ne fait pas sans les
théories et les luttes trans et queers et qui ne trahira jamais l’antiracisme.
Dissidente s’articule autour d’un thème, ici pour ce premier numéro intitulé Entre nous, l’organisation intracommunautaire. C’est dans cette perspective qu’Elsa Rakoto, artiste et militante afroféministe, inaugure la revue autour de concepts fondateurs de l’afroféminisme en lien avec les luttes panafricanistes. Marina Wilson, DJ et curatrice, partage sa vision autour de la musique et de la diffusion des ressources culturelles. Vietnam Dioxine, collectif militant, se bat depuis plus de 20 ans, pour faire reconnaître la justice pour les victimes de l’agent orange. Hajer Ben Boubaker, chercheuse indépendante, nous renvoie aux années 1980-1990, dans les quartiers populaires où l’héroïne a fait des milliers de victimes et où les immigré·e·s arabes de ces quartiers ont dû s’organiser seul·e·s face à l’inaction des pouvoirs publics. Sarah Carmona, historienne, revient sur la construction d’un imaginaire raciste et sexiste autour de la figure des gitan·e·s avec une approche décoloniale. Alexia Levy-Chekroun, chercheuse, nous invite à penser et acter la justice dans un geste spéculatif depuis sa positionnalité judéo-algérienne. Enfin, Dissidente est une plateforme d’archives. À travers la rubrique d’actualités et d’intérêt général « Depuis Babylone », la revue se fait le témoin des luttes et des mouvements sociaux de la période actuelle. Nous irons à l’essentiel avec le mouvement Boycott, Désinvestissement, Sanctions pour comprendre comment il est possible de s’engager à son niveau pour une Palestine libre. Nous assistons au génocide le plus documenté de l’histoire, il est primordial de maîtriser les outils de lutte en notre possession. En République démocratique du Congo, l’extractivisme (néo)colonial est à l’origine des guerres qui, depuis plusieurs décennies, causent la mort, les viols et les déplacements forcés de millions de congolais·e·s et c’est avec un appel sans détour que David Maenda Kithoko nous intime de cesser ce type d’exploitation. Enfin, parce que la colère est aussi source de créativité, nous partirons à la rencontre des RaíZes Arrechas, un groupe d’artivistes lesbo trans féministe décolonial à Paris, qui rythme les manifestations aux sons et à l’énergie de leur batucada.
« Entre nous » est une invitation à penser le monde, dialoguer et lutter depuis la voix des dissident·e·s. C’est dans l’unité, en faisant entre nous, que nous irons ensemble vers plus de justice et d’émancipation pour tou·te·s.



