Les termes

Afroféminisme

L’afroféminisme est un mouvement politique et culturel organisé par et pour les femmes africaines et afro-descendantes qui subissent la négrophobie, qui sont nées ou qui vivent dans les diasporas afro, à travers l’Europe et l’Amérique latine. S’extirpant d’un continuum historique misogynoir et coloriste dont elles subissent les effets de plein fouet, les afroféministes luttent pour la fin de la suprématie blanche et du patriarcat cis-hétéronormatif, contre les processus de racialisation dans la société, pour une politique de réparations dans tous les domaines, pour la justice sociale et reproductive et la justice environnementale, le tout en lien avec les problématiques rencontrées dans les mondes africains post-esclavagistes et colonisation. Avec sa spécificité d’apparaître en tant que minorité raciale dans le contexte des diasporas où il se développe, le mouvement afroféministe s’inscrit dans le grand ensemble des Féminismes Noirs (Black feminism, Womanism, Africana womanism, féminismes des différentes régions d’Afrique, féminismes caribéens…) et dans le cadre historique du panafricanisme. Héritières de femmes debout depuis le marronnage, les luttes anticolonialistes, anti-impérialistes et indépendantistes en Afrique, les afroféministes sont également présentes dans le champ de l’antiracisme et des luttes panafricaines, amenant des concepts et méthodologies telles que la lutte en mixité choisie sur la base de la race sociale et du genre, la circulation panafroféministe, la flamboyance «afrofem» avec une lecture anti-patriarcale, intersectionnelle et anticapitaliste du système qu’elles combattent.

Féminisme panafricain

Le Féminisme Panafricain est un mouvement féministe transnational hybride qui théorise et cherche à mettre en pratique une solidarité internationaliste entre les mouvements féministes issues des diasporas afrodescendantes et africaines (présentes dans le Nord global et les Suds), et les mouvements féministes des différentes régions du continent africain (Afrique de l’Ouest, Afrique de l’Est, Afrique du Sud, Afrique Australe, Afrique du Nord).

Le Féminisme Panafricain se développe avec la circulation des Féminismes Noirs issus des diasporas et du continent africain, circulation qui s’inscrit dans des flux Nord / Sud ou Sud / Sud. C’est la résultante internationaliste des Féminismes Noirs auxquels s’ajoutent les mouvements féministes nord-africains. Le Féminisme Panafricain se base sur la conscience d’une interdépendance globale des conditions d’existence des communautés noires issues des mondes africains en diaspora. Sur le continent africain, il met l’accent sur les enjeux liés à l’unité politique intracontinentale, croisée avec les enjeux liés à la racialisation dans un espace géographique où la négrophobie est une ligne de rupture. À travers le prisme des droits des femmes et des droits des personnes au genre et à la sexualité dissidents, le Féminisme Panafricain met l’accent sur les problématiques des frontières, de la migration, des enjeux géopolitiques en Afrique, de l’appartenance aux mondes africains, de la négrophobie structurelle et de l’interculturalité africaine.

Misogynoire ou Misogynoir

Le terme, inventé en 2010 par la théoricienne féministe noire Moya Bailey, décrit une forme de misogynie spécifiquement dirigée vers les femmes perçues comme noires. Dans cette discrimination qui s’appuie sur un ensemble de stéréotypes à l’encontre des femmes noires hérités de la période esclavagiste, les oppressions liées la race et au genre interviennent concomitamment, produisant une discrimination à double impact dont les effets ne peuvent être dissociés.

Négrophobie

La négrophobie désigne un racisme spécifiquement anti-noir qui prend la forme d’un système global caractérisé par les discriminations, les préjugés et la haine dirigés contre les personnes perçues comme noires issues d’Afrique subsaharienne ou des diasporas africaines. La négrophobie ou racisme anti-noir prend racine dans les pratiques esclavagistes de la traite arabo-berbère qui débuta dès le VIIème siècle. Elle se développe à l’échelle mondiale lors de la traite transatlantique au cours du XVème siècle où les africains ont été déportés de force par les colons européens vers les Amériques et les îles de l’Océan Indien afin d’être mis en esclavage, entrainant une accumulation de richesses au bénéfice de l’Occident. Ainsi, la négrophobie instituée par l’esclavage est en corrélation directe avec à la création du capitalisme comme pouvoir hégémonique. La négrophobie s’appuie sur les théories scientifiques à la fin du XVIIIème siècle de hiérarchisation des races, légitimant la déshumanisation des personnes noires, la haine de leurs pratiques culturelles, les pratiques esclavagistes, les pratiques génocidaires et la colonisation. Elle est au fondement de la modernité du monde actuel et participe à la catégorisation de l’humanité, en étant le pendant de la suprématie blanche.

De la négrophobie découle le colorisme, un système de catégorisation social et racial basé sur l’infériorisation des personnes dont les caractéristiques physiques vont être plus ou moins proches de celles considérés comme appartenant au phénotype dit noir (texture des cheveux, taux de mélanine, traits du visage, silhouette…) dans les sociétés du Nord Global comme dans les Suds.

Outre-mer

C’est la désignation par laquelle l’État français définit les départements, les territoires, les collectivités et/ou les régions françaises qui ne se trouvent ni en France hexagonale ni en Europe. Ils renvoient en réalité aux anciennes colonies françaises qui n’ont pas pu accéder à leur indépendance pendant la période des décolonisations. Après la période coloniale, l’État français a fait évoluer leur statut juridique de colonies à départements ou tantôt territoires ou collectivités, voire régions d’Outre-mer (DOM / TOM / COM / ROM).

Cette précision d’« Outre-mer » marque parfois une différence de statut juridique et de législations avec ceux d’hexagone. Par exemple, la Kanaky détient un statut autonome et dirige son propre gouvernement. Mais cette différence de statut marque aussi une différence de traitement entre les citoyen·ne·s de France hexagonale et celles et ceux d’Outre-mer : difficulté d’accès à l’eau potable, vie chère, chômage, forte immigration vers l’hexagone pour étudier et travailler, émigration des « métropolitain·e·s » avec salaire plus important que celui des autochtones…

L’appellation « Outre-mer » est contestée par les habitant·e·s de ces anciennes colonies car c’est placé l’altérité de leur côté, ils·elles se situeraient par définition, par delà la mer et c’est donc partir du principe que le tout universel serait le·a français·e d’hexagone. Or, du point de vue des guyanais·e·s ou encore des réunionnais·e·s, par exemple, c’est le français d’hexagone qui se situe outre-mer.

Aujourd’hui, il n’y a pas de désignation complaisante pour définir les personnes venant d’« Outre-mer » et c’est parce qu’il n’y a parfois rien en commun entre ces territoires que le passé colonial. Ces DOM-TOM ne partagent entre elles ni une histoire, ni une langue, ni même une culture commune. Et lorsqu’un·e guadeloupéen·e, par exemple, dit avec affection qu’il elle va rentrer pour les vacances au « pays », il ne parle pas de la France, ni des Antilles mais bien de la Guadeloupe.

Du point de vue décolonial, les appellations « départements d’Outre-mer » ou « territoires d’Outre-mer » peuvent être remplacées par « départements colonisés » ou « territoires colonisés » pour dénoncer le biais néo-colonial de ces pays.

Patriarcat

C’est une forme d’organisation de la société fondée sur l’autorité du père, le patriarche, et par extension de l’homme, sur les femmes et les enfants. Cette organisation qui fait système dans la majorité des sociétés actuelles est inégalitaire, injuste et violent. Implicite ou explicite, le patriarcat n’est plus, en France, inscrit dans les lois mais il se vit quotidiennement dans l’expression de la domination masculine. Le patriarcat donne un sentiment de supériorité à l’homme mais aussi un pouvoir effectif à l’origine de l’exploitation et de l’oppression des hommes sur les femmes. Le patriarcat représente un danger puisqu’il pousse certains hommes à se donner un droit de mort sur ses subordonné·e·s à l’exemple du féminicide et de l’infanticide et peut faire découler des mouvements politiques violents allant jusqu’au terrorisme (incel). Il n’existe pas de système équivalent sur le plan du genre. Par abus de langage, le matriarcat est désigné comme l’inverse du patriarcat mais il renvoie en réalité aux sociétés matrilinéaires et/ou matrilocales ou uxorilocales. Les mouvements féministes dénoncent et combattent le patriarcat sous toutes ces formes (sexisme, LGBTIphobies…)

Queer

Le mouvement queer est né des luttes des minorités de genre et sexuelles noires et latinxs de classe populaire des Etats-Unis. Le terme queer désigne à l’origine les personnes sortant du cadre cis-hétéronormatif, que ce soit dans leur expression de genre ou dans leur orientation sexuelle. Aujourd’hui, le «queer» peut renvoyer aussi bien à un courant théorique «les théories queers» qu’à un mouvement politique allant à contre-courant des revendications néolibérales promues par le mouvement LGBT.

Racisé·e


Désigne un·e personne ou un groupe racialisé subissant le racisme systémique. Ce racisme peut s’exprimer par l’exploitation, la discrimination ou encore l’oppression
de ces personnes ou de ce groupe.

TransPédéGouine

Le mouvement TransPédéGouine est un mouvement des minorités sexuelles et de genre issu des milieux alternatifs- squat et anarchiste- et féministe matérialiste en France. À contre courant des idées hétéronormatives et patriarcales promues par les LGBT dit « mainstream », les « TPG » se sont réappropriés les termes et insultes « trans, pédé et gouine » dans une logique de retournement des stigmates. Leur combat est axé, aussi bien sur les questions de genre, sexualité et féminisme, que sur les questions anarchistes et anticapitalistes. Il s’agissait pour la communauté TPG de combattre le capitalisme et le patriarcat à partir d’une position de personnes trans’, pédé et/ou gouines.

Véganisme

Le véganisme renvoie à la fois un régime alimentaire, un mode de vie et à une philosophie consistant à refuser la consommation de tous produits issus de l’exploitation animale (manger de la viande, du poisson ou des œufs, boire du lait, porter du cuir ou de la fourrure). Les personnes véganes peuvent être antispécistes, c’est-à-dire, refuser la domination de l’espèce humaine sur les autres espèces animales.